La qualité de l’air affecte la pandémie


COVID-19: La qualité de l'air affecte la pandémie

D’octobre à mars, de grandes parties du plateau suisse et de la plaine du Pô peuvent être couvertes de brouillard ou de brume. De telles inversions thermiques agissent comme un capuchon et piègent les poussières fines, qui s’élèvent à des niveaux excessifs sous la couche d’inversion. Cela peut aggraver les conséquences du COVID-19. Crédit photo: NASA-OB-DAAC, AQUA-MODIS

La corrélation entre la forte concentration de particules fines et la des ondes grippales est connue des épidémiologistes. Une équipe interdisciplinaire de l’Université de Genève (UNIGE) et la spin-off Meteodat de l’ETH Zurich ont étudié les interactions possibles entre les concentrations de poussières fines fortement augmentées et la virulence de la maladie à coronavirus. Leurs résultats, publiés dans la revue Systèmes terrestres et environnement, suggèrent que des concentrations élevées de particules de taille inférieure à 2,5 microns peuvent moduler voire amplifier les ondes de contamination par le SRAS-CoV-2, et expliquer en partie le profil particulier de la pandémie COVID-19. L’augmentation des particules fines est généralement favorisée par les inversions de température de l’air, qui se caractérisent par des situations de brouillard ou par la pénétration de poussières sahariennes. L’étude propose des mesures préventives liées à la pollution de l’air pour limiter les futures flambées de morbidité et de mortalité dues au coronavirus.

Les épidémiologistes conviennent largement qu’il existe un lien entre les concentrations aiguës et localement accrues de particules fines et la gravité des ondes grippales. «Nous avons cherché à savoir si un tel lien existe également avec la virulence de la maladie COVID-19», explique Mario Rohrer, chercheur à l’Institut des sciences de l’environnement à la Faculté des sciences de l’UNIGE et directeur de Meteodat.

Un décalage dans le temps surprenant

Les études COVID-19 menées en Italie et en France suggèrent que le SRAS-CoV-2 était déjà présent en Europe fin 2019, alors que la forte augmentation de la morbidité et de la mortalité ne s’est produite qu’au printemps 2020 à Paris et à Londres. « Ce délai est surprenant, mais il suggère également que quelque chose d’autre qu’une simple interaction humaine peut favoriser la transmission du virus et, en particulier, la gravité de l’infection », explique Mario Rohrer. Son équipe de recherche a pu montrer que ces augmentations faisaient suite à des phases au cours desquelles la teneur en fines particules dans l’air était plus élevée.

L’équipe a fait des observations similaires dans le canton suisse du Tessin, où la pollution par les particules a fortement augmenté pendant une période plate de brouillard dans la plaine de Magadino et dans le Sotto Ceneri, observée fin février 2020. « Peu de temps après, une augmentation explosive des admissions à l’hôpital due au COVID-19 a été enregistrée au Tessin. Le fait qu’un grand carnaval avec environ 150 000 visiteurs ait eu lieu en même temps a probablement eu un impact supplémentaire sur la propagation du virus », explique Mario Rohrer.

L’information est importante pour la Suisse, car l’augmentation des concentrations de poussières fines se produit particulièrement fréquemment lors des inversions thermiques, c’est-à-dire lors de la formation de brouillard sur le plateau suisse qui limite les échanges de masses d’air. Dans ces situations, les émissions s’accumulent dans la couche d’air sous le brouillard. La Suisse est également fréquemment touchée par les poussières des tempêtes de sable du Sahara, ce qui est également souligné dans cette étude.

Facteur aggravant

L’équipe de recherche suisse montre que des concentrations aiguës de particules fines, en particulier celles de moins de 2,5 micromètres, provoquent une inflammation des voies respiratoires, des poumons et des voies cardiovasculaires et épaississent le sang. «Lorsqu’ils sont combinés à une infection virale, ces facteurs inflammatoires peuvent provoquer une progression grave de la maladie. L’inflammation encourage également le virus à se fixer aux cellules», dit-il. De plus, le coronavirus peut également être transporté à travers les fines particules. « Cela a déjà été prouvé pour la grippe, et une étude italienne a trouvé de l’ARN du coronavirus sur des particules fines. Tout cela reste à prouver, bien sûr, mais c’est probable », ajoute Rohrer.

Une pandémie multifactorielle

Cependant, les chercheurs soulignent également que si la pollution par les particules peut affecter la virulence du virus et la progression possible de maladies graves, des facteurs physiologiques, sociaux ou économiques affectent clairement le cours ultérieur de la pandémie. Mario Rohrer conclut que les résultats de cette étude offrent l’opportunité de prendre des mesures préventives en cas d’augmentation future des concentrations de particules, limitant ainsi une nouvelle flambée de morbidité et de mortalité due à Covid-19.


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Plus d’information:
Mario Rohrer et al., Peaks of Fine Particulate Matter Can Modulate the Spread and Virulence of COVID-19, Systèmes terrestres et environnement (2020). DOI: 10.1007 / s41748-020-00184-4

Fourni par l’Université de Genève

Citation: COVID-19: Air Quality Affects Pandemic (2020, 24 novembre), consulté le 24 novembre 2020 sur https://phys.org/news/2020-11-covid-air-quality-pandemic.html

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